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Auch, le 13 décembre 2005
Lettre ouverte sur l’OMC
adressée aux organisations agricoles du monde
Depuis sa création, notre syndicat propose de réfléchir à une nouvelle organisation mondiale des agricultures, afin d’offrir une alternative à la vision mondialiste extraordinairement réductrice de l’OMC, qui prétend que la liberté des échanges garantit la croissance pour tous. Ce postulat partout clamé par les ultra-libéraux est visiblement une contrevérité, puisque la politique d’ouverture des frontières menée maintenant depuis des décennies est loin d’avoir diminué le fossé abyssal qui continue de s’élargir entre les pays développés et les pays les plus démunis de notre planète. Le scandale de la faim continue d’être la honte absolue de l’humanité.
Nous pensons qu’il est urgent de refonder les politiques agricoles conduites dans le monde. Celles-ci sont indispensables et elles ne sauraient être réduites à devenir les variables d’ajustement des négociations commerciales internationales. L’agriculture est trop souvent considérée comme un obstacle aux accords ou une monnaie d’échange pour conclure ceux-ci au bénéfice des multinationales des industries ou des services, alors qu’historiquement elle a constitué le fondement du développement économique des pays développés. Aujourd’hui encore, environ la moitié des habitants de notre planète sont agriculteurs. Ils représentent même 80% de la population des pays les plus défavorisés. Nous affirmons qu’il n’y aura pas de développement des pays pauvres sans une agriculture prospère.
Notre syndicat plaide depuis 1992 pour un retour aux objectifs initiaux de la PAC (Politique Agricole Commune de l’Europe) et notamment pour la mise en œuvre de la préférence communautaire. Cette demande ne correspond en aucune sorte à un repli frileux sur le passé ou à une position égoïste des agriculteurs européens, bien au contraire. Ce qui est bon pour l’agriculture européenne est tout aussi favorable pour les agricultures du monde.
La seule issue pour sortir des perturbations considérables qu’une mondialisation sans régulation importe dans l’Europe agricole, en raison des spécificités de l’agriculture, est que toutes les organisations agricoles du monde exigent l’Exception Agriculturelle à l’OMC.
A la veille de la reprise des négociations du cycle de Doha qui auront lieu à Hong-Kong, il serait très significatif que la majorité des organisations agricoles du monde s’unissent pour faire contrepoids aux idéologies libre-échangistes. Elles doivent demander qu’un mandat extraordinaire soit confié à l’ONU pour restaurer la prééminence de la politique sur le commerce.
Muni de cette autorité l’ONU, s’appuyant sur la FAO, veillera, par la contrainte si nécessaire, au respect de la souveraineté alimentaire des Etats. Depuis 1993 la CR affirme que l’ONU, gendarme du monde, doit faire régner la paix alimentaire, incompatible avec la logique de l’OMC qui n’est qu’une « organisation commerciale du monde » .
Ses principaux objectifs seraient :
· D’imposer l’Exception Agriculturelle à l’OMC ;
· De mettre en œuvre la lutte contre la faim et la misère, avant tout par la bonne coordination des politiques agricoles en faveur du respect de la souveraineté alimentaire des Etats. Les politiques d’aides doivent être considérées comme des moyens complémentaires et ne doivent plus tenir lieu de politique en soi ;
· De favoriser le commerce équitable ;
· De permettre aux agriculteurs de vivre dignement de leur travail grâce à des prix de vente de leurs produits supérieurs à leurs prix de revient en :
o définissant pour certains produits des prix minimum équitables,
o permettant aux Etats, ou aux marchés communs à plusieurs nations définissant entre elles une zone de libre-échange, de se protéger contre des importations à des prix inférieurs à leurs prix intérieurs. Il ne s’agit pas de faire du protectionnisme, mais de laisser aux Etats ou groupe d’Etats, la possibilité de réguler le marché en fonction des besoins de leur population ;
· D’envisager des accords pour organiser certaines productions, pouvant aller si nécessaire jusqu’à des quotas par pays ;
· De prendre en charge une gestion commune de l’aide alimentaire et des stocks ;
· D’établir une paix commerciale nécessaire pour obtenir une agriculture et un développement durables ;
· D’établir certaines règles à respecter dans le domaine environnemental, notamment s’accorder pour interdire l’usage de certains pesticides dangereux ;
· De défendre nos ressources naturelles et nos moyens de production (sol, eau, semences, etc.) afin de ne pas compromettre le développement des générations futures.
Comme le disait M. Mamadou Cissokho, un de nos amis du Sénégal, lors de notre IXème Congrès en 2002 : « On nous a toujours mis dans le débat pour réagir sur ce que les autres pensent. Il est temps que nous mobilisions les autres sur ce que nous pensons » et « Les paysans d’ici et d’ailleurs ne travaillent pas pour faire disparaître d’autres paysans mais pour gagner leur vie et élever normalement leur famille »
Affirmons aujourd’hui avec force ce que nous pensons,
Arrêtons de nous laisser opposer dans une compétition fratricide,
Demandons tous l’Exception Agriculturelle à l’OMC.
François Lucas
Président de la Coordination Rurale
Union Nationale