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Présentation

Mercredi 21 novembre 2007 3 21 /11 /2007 18:25
LETTRE OUVERTE A MONSIEUR NICOLAS SARKOZY
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
 
 
 
Objet : La filière sucre française est en danger de disparition
 
 
Monsieur le Président,
 
Le secteur betteravier était, il y a peu de temps encore, reconnu comme un
 modèle d’organisation de la production, tant au niveau du dynamisme que
de la rentabilité économique, alors que les autres pans de l’agriculture avaient
déjà été mis à mal par les réformes successives de la PAC.
 Mais la situation des planteurs de betteraves français s’est très fortement
dégradée depuis la mise en place des premières mesures liées à la réforme
de l’OCM (Organisation commune des marchés) « sucre ». En effet, ils ont
 tout d’abord vu le prix de leur production chuter, sans que l’aide découplée
 ne parvienne à combler le manque à gagner. Nombre d’entre eux ont ainsi
été progressivement contraints de vendre à perte, ne parvenant plus à couvrir
 leurs coûts de production.
 
Par la suite, le plan de restructuration européen a obligé tous les pays
producteurs, dont la France, à abandonner une partie de ses quotas de
production. Cette cessation de production imposée entraîne aujourd’hui la
fermeture d’un certain nombre d’usines (5 au minimum, certains groupes
ayant d’ailleurs investi dans d’autres pays producteurs à moindre coût) et
contribue à la disparition de nos producteurs. Cette régression irréversible a
un effet dévastateur sur toute une économie régionale. Parallèlement, nous
ouvrons de plus en plus notre marché aux importations des pays tiers dont
les coûts de production et les normes sociales sont très inférieurs aux nôtres.
Tout cela dans quel but ? Celui de permettre aux industries agroalimentaires
grosses consommatrices de sucre de mettre à moindre coût sur le marché
 des produits alimentaires très énergétiques, alors que des campagnes sont
menées contre l’abus de consommation de sucre. Les consommateurs ne
se sont jamais plaints des prix du sucre au détail. A cet égard, des sondages
que nous avons réalisés en sortie de magasins de distribution montrent qu’ils
n’ont même aucune idée du prix du sucre, considérant cette denrée comme
indispensable et à coût marginal de leur budget.
 

Cette situation est non seulement très injuste, mais elle va à l’encontre de
votre volonté affichée de mettre l’accent sur la préservation de notre sécurité
 alimentaire. Dans le contexte actuel de flambée du prix des transports et de
 certaines matières premières, et à l’heure où le Brésil consacre une part
croissante de ses surfaces en canne à sucre à la production de bioéthanol,
est-il raisonnable de se rendre volontairement dépendant des importations
pour un produit alimentaire de base comme le sucre ? Cela pourrait, à plus
 ou moins long terme, finir par pénaliser le consommateur français qui achète
 en moyenne 35 kg de sucre par an.
 
De plus, les planteurs qui ont jusqu’alors réussi à survivre risquent de ne pas
 surmonter les nouvelles contraintes liées à l’OCM unique qui vient d’être
adoptée. En effet, alors que la refonte des textes relatifs aux diverses OCM
devait se borner à une simplification, une disposition clé du règlement de
l’ancienne OCM sucre n’est pas reprise dans l’OCM unique. Il s’agit de la
prise en charge des frais de chargement et de livraison des betteraves par
l’industriel, au sujet desquels rien n’est prévu par les accords
interprofessionnels de cette filière. Il est donc plus qu’à craindre que les
industriels décident désormais, puisque la loi le leur permet, de faire supporter
ces frais par les planteurs. Cela sera particulièrement handicapant pour les
producteurs qui devront livrer à une usine éloignée d’une centaine de
kilomètres de leur lieu de production à cause de la fermeture de leur ancienne
 usine. Cette charge supplémentaire pourra être très élevée et diminuera
d’autant leurs revenus.
 
La CR a écrit la 5 novembre au Ministre de l’Agriculture Michel Barnier pour
lui faire part de ses inquiétudes, mais tenait à vous solliciter également
officiellement et de manière publique sur ce sujet très préoccupant. Il est
paradoxal, pour ne pas dire insupportable, que l’Union Européenne, censée
aider et protéger ses agriculteurs, organise de manière volontariste un tel
gâchis en faisant disparaître des producteurs qui vivaient jusqu’alors sans
problème. Avec de tels contre-exemples, comment s’étonner que l’Europe
 reste toujours aussi impopulaire auprès des peuples ?
Pendant votre campagne électorale, vous avez à juste titre souhaité que l’Union
Européenne retrouve ses fondamentaux, et notamment celui de la préférence
 communautaire. La démolition gratuite et inutile du régime sucre va tout à fait
 à l’opposé d’une politique de bon sens. C’est cette Europe-là qui est rejetée
 par les peuples, et non pas l’Europe du marché commun et du traité de Rome,
qui a permis de construire le plus grand marché solvable du monde.
 
Certains de l’attention que vous porterez à cette question capitale pour l’avenir
à très court terme des agriculteurs concernés, nous souhaitons vous
rencontrer pour vous exposer plus avant nos positions. Dans cette attente,
 nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en
l’assurance de notre haute considération.
 
 
François Lucas
 
Président de la Coordination Rurale
Union Nationale
Par J.C Désesquelles - Publié dans : Communiqués de Presses "C.P"
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