Le communiqué de presse (CP) intitulé « OGM : il est temps de prendre ses
responsabilités » a provoqué plusieurs réactions de votre part. Permettez-nous
d’apporter quelques précisions.
Nous ne nous prononçons pas dans ce CP pour ou contre les OGM, mais sur le fait
qu'aucune loi ne permette d'établir les responsabilités en cas de problème. Pour la CR,
il subsiste des doutes sur l'innocuité des OGM qu'aucun scientifique n'a vraiment levés.
D’ailleurs aucun assureur n'accepte de couvrir ces risques puisqu'ils sont inestimables
et inestimés. De plus, rien n’est prévu en France afin d'éviter des souches de pyrales
résistantes comme les obligations de zones "refuges" pour ces maïs aux USA. Enfin,
le surcoût lié à la séparation des lots sera supporté par l'ensemble des producteurs.
Il est inacceptable que Messieurs Borloo et Barnier puissent dire aujourd'hui, après
qu'il y ait eu 20 000 ha d’OGM semés, qu'on tranchera cette question lors du Grenelle
de l'environnement alors que cette question est sérieusement posée depuis plus de 10
ans et qu’au Grenelle il n’y a pas d’experts scientifiques mais des idéologues, des
lobbyistes et des intégristes.
Quant aux normes "toxines" de l'UE nous pensons qu'elles ont surtout été suscitées
par le lobby pro-OGM et qu’elles ne seraient pas appliquées si une grosse partie des
récoltes en dépassaient le seuil.
S'il n'est pas contestable que les variétés OGM aient, pour le moment, des avantages
techniques (tenue de tige, augmentation du rendement, possibilité d'étaler la récolte,
limitation partielle des mycotoxines), il faut cependant regarder plus loin.
Les consommateurs refusent les OGM au même titre que la viande hormonée.
Nous avons déjà assez de faux problèmes avec eux (nitrates, irrigations, produits phytos)
pour nous les mettre encore plus à dos avec les OGM. Le développement des OGM,
pour lesquels le maïs n’est que le premier avatar, signifierait aussi la fin des semences
fermières...
Beaucoup plus important pour notre portefeuille : le maïs cote aujourd'hui 108
euros/tonne FOB USA golfe du Mexique. Vous pourrez voir sur Internet ou dans la
presse des cotations FOB Bordeaux à 210 euros/t, base juillet donc majorations en
plus. En réalité les cours sont plus élevés et les courtiers annoncent verbalement du
220 à 222 euros/t. Bref, pourquoi avons-nous un prix du double que celui des USA ?
Nous sommes actuellement à un niveau de prix largement au dessus du prix de seuil.
Il n'y a donc plus de préférence communautaire qui s'applique et les maïs du monde
entier peuvent rentrer librement en Europe. Quelques bateaux d'origine Argentine sont
arrivés sur nos ports en fin d'hiver. Il n'y a plus de disponibilité aujourd'hui ailleurs qu'aux
Etats-Unis.
Il faut savoir qu'aux USA le prix du maïs est toujours largement inférieur au prix du blé,
inversement à la situation européenne. C'est pour cela que les américains font de
l'éthanol avec du maïs et non avec du blé. Au mois de février, le prix du maïs américain
avait rejoint celui du prix du blé, mais actuellement l'écart de prix est redevenu habituel,
le maïs ayant fortement baissé.
Nous vous avons toujours dit à la CR que la céréale américaine qui menace nos
marchés n'est pas le blé mais le maïs. Mais alors pourquoi ce maïs américain, moitié
moins cher que le nôtre, n'arrive pas sur nos ports ? Tout simplement car il contient
des types d'OGM qui ne sont pas autorisés à la commercialisation en Europe.
Croyez bien que si cette situation nous arrange, elle ne convient pas du tout à l'ensemble
de la filière qui va tout tenter pour faire baisser les prix, en commençant par les
actionnaires de l'usine d'éthanol de Lacq dont la rentabilité était calculée avec du maïs
à 115 euros/t.
Si aujourd'hui on banalise les OGM en Europe, demain c'est le maïs américain qui
arrivera et qui cassera notre marché. A la CR et à l'OPG on ne vous a jamais trompé
et tout ce que l'on prévoyait s'est toujours réalisé. En conclusion, vaut-il mieux faire
130 qx avec du maïs BT payé à 120 euros/t ou 115 qx de maïs normal avec un prix
de 200 euros/t ? Les coops et l'AGPM font le choix des volumes, nous nous faisons
celui du revenu par les prix !
Les producteurs ne doivent pas tomber dans le panneau du « hors jeu de la France
dans la course au progrès ». D'autant plus que Limagrain qui est le semencier qui
avance cet argument "patriotique" est en réalité présent sur tous les continents.
Il vaut mieux être « attardé du progrès » gagnant bien sa vie qu'à la pointe et ruiné.
Cette question des OGM, bien mal engagée par les pouvoirs publics dès le départ, a
régulièrement fait l’objet de débats, tant au sein de la CRUN que de l’OPG, sur lesquels
nous avons toujours dégagé une position de bon sens partagée par l’ensemble des
départements. Elle pourra bien sûr être redébattue lors de nos prochaines rencontres.
Bien cordialement
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Nicolas JAQUET
Président de
L’Organisation des Producteurs de Grains
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François Lucas
Président de la Coordination Rurale
Union Nationale
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