Mercredi 14 décembre 2005
Ces économies d’échelle qui vont nous faire tomber de haut !
Le leitmotiv de notre société de consommation est toujours de produire davantage à moindre coût pour le « bienfait de tous ».
Cette idéologie a fait la richesse de notre vieille Europe.
Aujourd’hui exportée dans les pays à faibles coûts salariaux et sociaux, elle va sonner le glas de notre continent et l’O.M.C ne fera qu’en accélérer la descente aux enfers.
Pour lutter à armes inégales, il nous faut, dit-on, « grossir ».
La course aux agrandissements quelque-soit le secteur de l’activité économique s’est opérée chaque jour à grands coups de regroupements d’exploitations agricoles, de fusions de coopératives, de grandes entreprises nationales ou Européennes et d’O.P.A en ce qui concerne les entreprises multinationales.
Pour conquérir de nouveaux marchés, ces grandes structures n’hésitaient pas de vendre à perte, à leurs nouveaux clients, afin de réduire la part des charges fixes sur chaque produit fabriqué en se gardant bien de ne pas réduire leur marge sur leur « chasse gardée » qu’ étaient leurs marchés «locaux ».
Ce système a vécu et cette «chasse gardée » est devenue une immense zone de braconnage où les grosses structures n’ont plus d’autres choix que de quitter leurs repères pour s’en aller vers d’autres cieux, pensent-ils, plus propices à leurs affaires.
Les paysans s’en vont ou bien vers l’est de l’Europe ou bien au sud des Amériques. Les entreprises délocalisent de même.
A ce rythme, la France deviendra, n’ayons pas peur des mots, un pays en voie de sous développement avec un taux de croissance économique négatif, un taux de chômage à deux dizaines voire cinq dizaines dans certaines zones de son territoire.
Le déficit hier de 1200 milliards d’euros, aujourd’hui de 2000 milliards d’euros atteindra 4000 miliards d’euros.
La Chine produira alors 80% des biens et équipements industriels mondiaux et l’Inde 80% des services.
Dans cette jungle, seules les petites structures pourront survivre en privilégiant les circuits courts tel la trituration à la ferme qui procurera le carburant pour les moteurs diesel ou la chaudière fuel et l’aliment pour les animaux ou pour la chaudière bois à travers une machine à granulés de 6mm.
La filière énergie industrielle doublement subventionnée quant à elle n’est faite que pour nous conduire davantage dans un processus d’intégration où l’agriculteur sera devenu une bête de somme à qui on demandera toujours plus sans lui donner de quoi vivre si ce n’est survivre.
La filière lait en est l’exemple où avec la venue de la paye de lait l’éleveur est désormais considéré comme l’ouvrier de la laiterie et non plus comme un chef d’entreprise ayant comme client cette même laiterie.
Les coopératives font de même en nous facturant les produits que nous leur «vendons».
Aujourd’hui les agriculteurs qui sont déjà les ouvriers non rémunérés du crédit agricole, de la M.S.A, de groupama et pour certains d’entre eux de la coopérative, sont au même titre que les ouvriers et employés de France et de Navarre, victimes de ces économies d’échelle qui ont fait de ces entreprises jadis à taille humaine où les salariés avaient encore un nom, des monstres employant des ouvriers ou ayant des adhérents numérotés qui mis sur la balance du rendement financier, se voient jeter selon le bon vouloir du conseil d’administration, obsédé par le chiffre du C.A.C 40, dans le compte perte ou dans le compte profit.
Chaque jour on demande à l’agriculteur de faire des efforts supplémentaires.
Chaque jour on demande à l’agriculteur de faire un pas de plus pour sortir du tunnel.
Chaque jour on demande à l’agriculteur de gravir un échelon de plus sur cette échelle qui s’enfonce et qui risque, avec le surpoids de notre découragement, dû aux politiques technocratiques, dû aux nouvelles réformes des D.P.U et dû aux mises aux normes sans parler des contraintes toujours grandissantes de l’O.M.C, de nous engloutir à jamais.
Jean-Claude Désesquelles Président de la Coordination Rurale de L’Oise CR60